jeudi 6 décembre 2007

Papier Légume

Papier de salsifis

Papier de betterave

Papier de carotte


Le Tampographe délaisse quelques instants les sceaux et cachets pour se consacrer à la fabrication de papier-légume. Une longue et ennuyeuse description technique va suivre.



Le procédé que j'utilise est simple: je débite le légume en lamelle très fines, à l'aide d'une petite trancheuse à jambon trouvée aux puces ( on peut utiliser avec le même résultat un économe de cuisine, mais ça fait moins moderne qu'une trancheuse électrique). Je dispose ensuite les lamelles qui font entre 1 et 2 mm d'épaisseur sur une table propre et je les laisse déssécher totalement. Ça prend à peu près deux ou trois jours, selon la température de la pièce. Quand elles ont pris l'aspect d'une sorte de vieux chips tout racorni et tout sec, je les plonge dans de l'eau tiède, et je les laisse se réimbiber durant une nuit. Au matin, je pose sur une planche de bois une bonne épaisseur de vieux Libés, que je recouvre d'une feutrine blanche. Ensuite j'arrange sur cette feutrine les rondelles de légume, en les faisant se chevaucher un peu. Autant que possible j'essaie de donner à ma composition une forme de rectangle, mais en fait rien ne m'y oblige. Quand j'ai terminé la feuille, je la recouvre d'une autre feutrine, d'une autre épaisseur de Libés, et je mets sous presse. Je possède une petite presse de reliure achetée 250 francs aux puces, qui me rend bien des services, mais on peut aussi utiliser une planche et des poids, des briques, des livres, des sacs de sable, tout ce qu'on voudra pourvu que ça pèse.
On laisse sous presse quelques heures, et on remplace les Libés qui ont pompé l'humidité de la feuille par des exemplaires secs.
Au bout d'une journée la feuille est prète ( les lamelles de légume adhèrent les unes aux autres). On retire tout le bastringue de la presse, on sort le papier légume de la pile de Libés, et on le range dans un gros livre entre deux feuilles de papier blanc, car il a tendance à se gondoler dans les jours qui suivent la fabrication (sans doute à cause d'un restant d'humidité).
Je n'ai pas trouvé à quoi pourrait bien servir le papier-légume.
En le réhumidifiant, on lui rend une partie de sa souplesse naturelle sans pour autant en décoller les rondelles. Cette propriété est intéressante, car elle permet d'envisager son utilisation en cartonnage, pour habiller des boîtes par exemple. Je ne l'ai pas encore fait..
Je dispose aussi d'une presse chauffante, qui autorise des expériences plus rapides et plus variées. J'ai réalisé avec cet outil du papier de fleurs.
J'ai expérimenté avec succès: le rutabaga, le navet, la betterave, le radis, l'hortensia, le dahlia, les carottes.
J'ai expérimenté avec des résultats navrants: les courgettes, le gingembre, les gousses vertes des genêts, le poireau, l'igname et la patate douce.
Ces temps-ci mes expériences se tournent vers la fabrication de "vrai" papier, à base de végétaux collectés sur les talus. Je recueille la cellulose en faisant bouillir les plantes coupées en petits morceaux durant trois heures dans la lessive de soude. Ensuite je rince les fibres et je fabrique mes feuilles avec une forme de papetier bricolée pour l'occasion avec quatre bouts de bois et un peu de mousticaire.