jeudi 9 octobre 2008

Tri sélectif

J'ai disparu plusieurs jours. J'étais coincé dans ma poubelle.
J'y avais aperçu un chewing-gum pas trop mâché qui m'avait l'air encore bon, j'ai allongé le bras, j'ai perdu l'équilibre et je suis tombé dans les ordures tête en avant. J'y fus happé et aspiré vers les profondeurs. Par chance il y avait des poches d'air, je n'y ai pas étouffé. Des restes de sandwiches, des gobelets avec des fonds de café, des trognons de pommes, des peaux de saucissons m'ont permis de me soutenir. J'ai trouvé de la lecture, car il m'arrive de jeter des livres. C'était des daubes mais ça m'a tenu compagnie. J'ai aussi retrouvé toutes les merdes dessinées pour Libé. Ça m'a fait une couche très confortable, un bon gros tas de dessins de merde ça a un moelleux incomparable, on y dort comme un bébé. Je sommeillais tranquillement, la joue collée à l'ours du journal. Je me suis réveillé avec les noms des chefs de services imprimés à l'envers sur la joue. Ça faisait des noms bizarres: Yluj Egres, Niala Esialb, Rameduag ed Eniotna, ça ressemblait à des formules magiques pour invoquer les êtres du seigneur des anneaux.
Trois gros Nazguls qui sentaient la clope et le vin rouge:

"Coco, t'es le meilleur sur la place de Paris pour illustrer le rapport annuel de la cour des comptes, ya que toi qui sache faire ça. Il me faut sept pictos pour ce soir. Assez grands les pictos. Fais toi plaisir."

"On boucle dans deux heures, on est dans la merde pour la une, évènement de merde, on sait pas de quoi ça parle et toute la rédaction se tire sur la nouille. Tu prends? ".

" Quoi, un salaire régulier? Mais non, t'es pigiste, c'est mieux. T'es angoissé, t'as peur pour ta paye, c'est bien, t'es plus réactif comme ça".

Je suis sorti de ma poubelle ce soir. J'y étais assez bien mais le boulot prend du retard. Je prépare de nouveaux modèles et je dois aller visiter un atelier.