mercredi 19 janvier 2011

Ligne 2



Je me lève à 11 heures, me douche, me recouche, me relève, vais dans ma cuisine, constate que mon frigo est vide, ne sors pas faire des courses et regagne mon lit. Je lis mes mails, 10 spams, 4 commandes, 1 artistoïde qui m'a mal lu et me propose une idée de tampon, une inconnue qui se propose de me sucer parce que - je cite- je suis trop drôle et qu'à ce titre là je mérite qu'on me suce. Je réponds aux mails, sauf au spam. Je valide les commandes, insulte l'artistoïde d'un mot soigneusement choisi et décline poliment la proposition de fellation de l'inconnue. Au dehors on entend le bruit pénible d'une meuleuse qui scie une barre de fer. Il y a des travaux, on remplace les barreaux de mes fenêtres qui commencent à rouiller dangereusement. Ça sent le métal chaud, la poussière en feu, il y a aussi une odeur d'os brûlé, mais ça c'est peut être l'incinérateur du Père Lachaise. En période de grippe il fonctionne à plein rendement. Hum, non, je me fais des idées.
J'ai étalé des images sur le sol, je choisis des choses pour une exposition. Ça me dégoûte. Revenir sur des boulots anciens c'est un exercice masturbatoire, un truc pas sain d'un point de vue d'hygiène morale et physique, qui a plus à voir avec la trituration de crottes de nez qu'avec du travail. J'ai donc étalé des images, ça fait comme un tapis qui recouvre le bordel de mon caveau, ça ressemble à un passage de diplôme aux beaux-arts, ça me donne une violente envie de sortir.
Je laisse tout en plan, je prends mon manteau et je sors.
Depuis quelques temps j'essaie de trouver des raisons d'apprécier mon quartier. Je fouine donc dans les rues qui débouchent rue de Bagnolet et longent le père Lachaise jusqu'à la rue des Pyrénées. On y trouve des impasses pavées, des usines abandonnées, des ateliers de sablage et d'électrolyse. Mais on constate toujours que des cabinets de graphistes ou des artistes friqués investissent peu à peu ces endroits, et que ça pue toujours un peu la merde de bourgeois. Je fais quelques photos et je m'éloigne de ce coin pourri. Je prends la ligne 2 et je descends à Pigalle. Je mange un sandwich dans un bar à touristes, il a un net arrière-goût de bactérie. Je bois un café, il est immonde, on a pas nettoyé le percolateur depuis 1995, date de mon arrivée à Paris. Je retrouve mon quartier intact.
Mon exposition aura lieu à la galerie Talmart, c'est une exposition collective qui s'appelle "Serial Artist" , on trouve des informations .