mercredi 9 février 2011

fermeture pour cause de fermeture.



Je dois annuler l'ouverture de vendredi, je redoute d'être de trop mauvaise humeur pour recevoir correctement des clients, alors je mets des bottes, j'enfile un ciré, et je file à Trégastel-Plage me cailler les miches dans les vasières. Avec ma fille on ramassera des bigorneaux et on se rira des intempéries, des ours polaires et de la banquise bretonne.
Il n'y aura plus de journée portes ouvertes avant le mois de mai, et je ferme progessivement mon blog. Internet est un puits sans fond dans lequel je vois disparaître mon travail, ça finit par être désagréable, je voudrais revenir à des choses plus tangibles, plus solides et moins susceptibles d'être reprises sur des sites de merde:

(-"Le Tampographe, on ne s'en TAMPONnne pas", tu crois que c'est un bon titre?
-Oh oui c'est une super idée! Tu joues magnifiquement avec les mots. Fais moi l'amour, maintenant".)

Je tiens pas en place. Je sors de mon atelier et je marche dix bornes, remonte le boulevard des batignoles, rends une visite amicale au docteur Z qui avise un bouton sur mon menton. Il dit " c'est un cancer, t'as un cancer sur la gueule, ou alors t'as bouffé une chatte pourrie et t'as la syphilis secondaire". J'ignore ce qu'est la syphilis secondaire. Je me barre avec mon bouton, le docteur a des patients à traiter, de belles personnes du VIIIème. Je continue ma promenade, je ne regarde pas où je mets les pieds et je glisse sur un truc mou. Je baisse les yeux, je viens de marcher sur une tête de coq coupée au ras du cou, crête rouge, cou déplumé, bec sanglant entrouvert, yeux blancs. Je manque de dégueuler, et je réalise que le trottoir est recouvert de têtes de poules, de coqs et de canards. Il y en a une trentaine qui sortent d'un gros carton éventré, éparpillées sur le terre-plein qui longe le XVIIème.
Le docteur m'a expliqué: les lésions de la syphilis secondaire sont polymorphes, disséminées et très contagieuses. Elle évolue par vagues et comporte des signes cutanéo-muqueux, viscéraux et généraux. Ce polymorphisme et la diffusion des lésions font de la syphilis secondaire la "grande simulatrice" car elles peuvent simuler toute la dermatologie.
J'ai de la purée de chair, de sang et tête de coq incrustée dans les crampons de mes godasses.
Je dégueule derrière une plantation de la mairie de Paris, un buisson gris-vert entouré de merdes de cockers sur lequel est piqué un petit panneau " Cet espace végétalisé appartient à tous, merci d'en prendre soin".

Pas la peine de venir vendredi prochain, je suis fermé.