mercredi 3 août 2011

Père-Lachaise-Plage


Le Tampographe travaille tandis que la rue du Repos se vide et que ses voisins chargent leurs voitures pour partir en vacances. Son immeuble se vide, il ne reste plus personne, il peut écouter Les Melvins en poussant le volume, faire de la scie circulaire après 23h, jouir en hurlant, il ne dérange personne. Il peut puer, faire cuire du caoutchouc, dégager des miasmes à asphyxier un esquimau, personne ne vient se plaindre. C'est à peine si on entend parfois des éclats de voix de touristes égarés -le Tampographe leur indique obligeamment la direction du Père Lachaise- c'est à peine si on aperçoit dans les recoins de la rue quelques dealers, tous bizarrement en léger surpoids, mais il est vrai que le shit ouvre l'appétit. Le Tampographe observe de loin leurs nuques dodues, leurs poignées d'amours et leurs petits doubles mentons. À l'approche des rares voitures de flics qui passent par là il les regarde filer comme des petites comètes de gras. Ils se faufilent à toute vitesse entre les voitures et disparaissent au loin, dans les ombres vertes du cimetière, tandis que les flics ratissent les trottoirs, inspectent les voitures stationnées, retournent les ordures qui trainent, ouvrent d'une main prudente les paquets de cigarette pour tenter de retrouver en vain des boulettes oubliées. Ils repartent en tenant un pauvre mégot de oinje de l'avant-veille et remontent dans leur voiture avec un petit air triste que je ne connaissais pas à la police.
Je referme mon rideau de fer. Il pèse des tonnes, ça me nique le dos, ça fait bouger des choses dans mon dos et ça fait trembler ma main avant de me mettre au travail. Mon livre avance lentement, c'est un exercice désagréable de mettre ses choses à plat pour en faire un ouvrage, c'est comme de se mettre à poil dans une cabine d'essayage éclairée au néon, on ne peut que constater qu'on est rien de plus que la chose qu'on aperçoit dans le miroir.
Je m'entortille dans une couverture pour mettre en page mes choses, je relis mes textes, je corrige ce que je peux corriger, et j'entasse mes pages. 80, 90, 100, 110, 120, 130, ça commence à ressembler à un mille-feuilles sans prendre le moins du monde une tournure de livre. Pour ne pas m'endormir devant mon écran je bois des litres de café, et puis je sors regarder dans les coins de l'impasse Lespagnol si des fois un dealer n'aurait pas oublié une grosse barrette de shit en s'enfuyant.
Mais non, je ne trouve rien.
Quoique non. Je trouve un demi kebab-frites et une canette de Fanta Orange, posés devant l'entrée de mon atelier.