dimanche 28 août 2011

Pèlerinage.

Je quadrille le cimetière du Père Lachaise avec mon appareil photo depuis plusieurs jours.














samedi 20 août 2011

Sainte Anne



J'ai fait de la place dans mon caveau. J'ai vidé des caisses entières de vieilles merdes sur le trottoir de la rue du Repos. Des casses d'imprimerie, des affiches déchirées, des outils hors d'usage, des sacs de vieilles revues. Ça faisait un tas bigarré assez spectaculaire, il y avait des touristes qui le photographiaient. Je me suis ensuite attaqué à ma bibliothèque. Elle croulait sous les vieilleries. J'ai fait un énorme tas de livres, j'éternuais, la poussière et la sciure avaient saupoudré tout ça. C'était très agréable, ça donnait l'impression de faire une rafle.
Je visais tout particulièrement la bande dessinée indépendante. J'en ai fait une petite montagne, que j'ai entassée dans un gros carton, que j'ai sorti et déposé au sommet de mon tas d'ordures. Ça le coiffait de très jolie manière.
Ça n'a pas traîné. Des chauves ont surgi. Des vieux, des jeunes. Des bobos des deux sexes. La culture ça les fait venir. On a fouillé le carton, on est reparti avec des livres sous les bras, avec l'air du type qui vient de sauver un chaton de la noyade. Je regardais s'éloigner mes livres sous l'aile de ces gentils amis de la chose imprimée. Nul doute qu'ils allaient trouver un foyer où on les aimerait davantage que chez moi. Adieu bande dessinée autobiographique toute molle, adieu récit onirique muet totalement imbitable, adieu carnet de voyage à New York, adieu adieu, bon voyage.
J'ai contemplé la place gagnée et je suis sorti.
Je suis allé à l’hôpital Sainte Anne à vélo, ça m'a pris une bonne heure de slalomer entre les voitures, de respirer les gaz d'échappement et de me perdre quelque part entre Denfert et la rue d'Alésia.
Je ne vais jamais par là, j'y ai aussi peu de repères que dans une ville étrangère. Les visages fermés des passants me dissuadaient de demander mon chemin. J'ai tourné un moment et j'ai fini par acheter un plan de Paris.
Je suis arrivé en retard aux consultations psychiatriques. J'ai rempli une fiche et je suis allé m'asseoir dans un couloir sans fenêtre, bas de plafond, aux murs beiges et au sol gris, décoré d'un seul poster qui représentait une vue du Grand Canyon.
Je regardais les gens. Une femme rousse et maigre qui passait d'un pied sur l'autre avec une régularité de pendule, un homme qui dormait assis, un alcoolique qui essayait de parler à un autre homme en camouflant son élocution pâteuse, un monsieur avec un énorme anorak assez hors de propos par cette chaude journée d'été.
J'ai attendu un long moment et puis une vieille femme est venue me chercher. Une psychiatre, vraiment vieille, en pantalon, aux cheveux courts, pas maquillée, toute ridée, sans bijou, un peu masculine.
Je suis rentré dans son cabinet, elle a feuilleté mon dossier, et elle a commencé à m'éplucher en appuyant aux endroit où ça fait mal d'habitude.
L'enfance, le travail, le sexe, les parents, la culpabilité, les échecs. Il y avait un paquet de mouchoirs posé bien en évidence juste devant moi. C’était une sorte d’invitation à chialer. La vieille a tant et si bien appuyé partout qu’elle a fini par trouver des points douloureux. Elle y a alors enfoncé ses doigts ridés en appuyant bien fort et elle a fini par me faire pleurer. La vieille avait l'air contente d'elle. Elle s'est calée dans son fauteuil pour bien me regarder. J'ai pris un mouchoir en papier dans la boîte et je me suis mouché vigoureusement. Plus je me mouchais plus il partait en lambeaux et se répandait sur mes vêtements noirs. La vieille m'a dit que j'avais des troubles de l'humeur, et puis elle a terminé l'entretien en m'assénant des banalités que j’ai fait mine d’écouter comme des oracles.
Ensuite je suis sorti de l'hôpital et j'ai pourri la gueule à un vieux qui insultait une boulangère. Le vieux a délaissé la boulangère et il s'est mis à m'insulter. Je le regardais me menacer et me crier dessus, il avait une grosse tête et il se gonflait comme un animal sous l'effet de la colère. Il puait l'angoisse et la connerie, son cerveau avait été grillé par dix années de retraite à regarder la télé régionale et les infos de TF1. Je suis parti sous ses injures, je restais digne, la boulangère ne m'a même pas remercié. Je suis remonté sur mon vélo, et mes troubles de l'humeur et moi on est allés bouffer une glace tous ensemble.

lundi 15 août 2011

Carte de vieille



je me suis fabriqué cette carte très utile pour s'asseoir dans le bus en faisant dégager des places assises ces saloperies de feignasses de jeunes.
Commander à le.tampographe@free.fr (20€, numéroté et signé, dans un porte-carte en plastique, donner son état-civil complet ainsi qu'une photo d'identité, un scan en jpeg pas trop pourri fait l'affaire).

dimanche 14 août 2011

Kale Borroka



le tampon "Kale Borroka", pour mon livre à paraître en janvier. Cliquez deux fois sur l'image pour agrandir, on voit mieux les coups de matraque. J'ai déjà publié ce tampon mais il était mal présenté.
C'est une sorte de souvenir d'enfance, les années 80 ont été un peu agitées à Bayonne. J'ai redessiné de mémoire les rues de ma ville natale, les arceaux, les maisons étroites et un peu bancales, les manifestants nationalistes et les gardes mobiles.

vendredi 5 août 2011

Note de service


On me demande parfois si je vends mes productions en librairie ou dans des magasins divers et variés. Ça m'arrive. Dans ces cas là je fais les conditions suivantes:
33% de remise pour le revendeur.
Jamais de dépot, c'est vraiment trop chiant.
Payable d'avance pour la première commande et sous un mois pour les suivantes.
Commande envoyée sous une semaine ( c'est fait à la main, j'ai que deux mains, c'est long à faire).
contact: le.tampographe@free.fr

mercredi 3 août 2011

Père-Lachaise-Plage


Le Tampographe travaille tandis que la rue du Repos se vide et que ses voisins chargent leurs voitures pour partir en vacances. Son immeuble se vide, il ne reste plus personne, il peut écouter Les Melvins en poussant le volume, faire de la scie circulaire après 23h, jouir en hurlant, il ne dérange personne. Il peut puer, faire cuire du caoutchouc, dégager des miasmes à asphyxier un esquimau, personne ne vient se plaindre. C'est à peine si on entend parfois des éclats de voix de touristes égarés -le Tampographe leur indique obligeamment la direction du Père Lachaise- c'est à peine si on aperçoit dans les recoins de la rue quelques dealers, tous bizarrement en léger surpoids, mais il est vrai que le shit ouvre l'appétit. Le Tampographe observe de loin leurs nuques dodues, leurs poignées d'amours et leurs petits doubles mentons. À l'approche des rares voitures de flics qui passent par là il les regarde filer comme des petites comètes de gras. Ils se faufilent à toute vitesse entre les voitures et disparaissent au loin, dans les ombres vertes du cimetière, tandis que les flics ratissent les trottoirs, inspectent les voitures stationnées, retournent les ordures qui trainent, ouvrent d'une main prudente les paquets de cigarette pour tenter de retrouver en vain des boulettes oubliées. Ils repartent en tenant un pauvre mégot de oinje de l'avant-veille et remontent dans leur voiture avec un petit air triste que je ne connaissais pas à la police.
Je referme mon rideau de fer. Il pèse des tonnes, ça me nique le dos, ça fait bouger des choses dans mon dos et ça fait trembler ma main avant de me mettre au travail. Mon livre avance lentement, c'est un exercice désagréable de mettre ses choses à plat pour en faire un ouvrage, c'est comme de se mettre à poil dans une cabine d'essayage éclairée au néon, on ne peut que constater qu'on est rien de plus que la chose qu'on aperçoit dans le miroir.
Je m'entortille dans une couverture pour mettre en page mes choses, je relis mes textes, je corrige ce que je peux corriger, et j'entasse mes pages. 80, 90, 100, 110, 120, 130, ça commence à ressembler à un mille-feuilles sans prendre le moins du monde une tournure de livre. Pour ne pas m'endormir devant mon écran je bois des litres de café, et puis je sors regarder dans les coins de l'impasse Lespagnol si des fois un dealer n'aurait pas oublié une grosse barrette de shit en s'enfuyant.
Mais non, je ne trouve rien.
Quoique non. Je trouve un demi kebab-frites et une canette de Fanta Orange, posés devant l'entrée de mon atelier.