samedi 1 septembre 2012

Programme 50 degrés.


La rue de Bagnolet ( Paris XXeme) est mondialement réputée pour son absence totale d'intérêt.


Je m'emmerde, mon linge tourne dans la machine 14 du lavomatique de la rue de Bagnolet, j'ai mis un programme "Blanc 50 degrés" pour laver mes draps qui sentent le caoutchouc et la moisissure, j'ai 40 minutes devant moi pour m'ennuyer en regardant mon linge tourner, assis sur un banc en compagnie d'autres losers. Pour m'occuper je feuillette un exemplaire de "La Tour de Garde", les Témoins de Jéhovah ont une maison du royaume dans le coin, ils laissent toujours à notre intention de nombreux exemplaires de cette revue sur les machines à laver, tant il est vrai que les lavomatiques sont des endroits propices à l'examen de conscience. J'apprécie cette revue, il y a toujours de belles images qui montrent des familles qui vivent heureuses (après l'apocalypse toutefois, et dans une sorte de prairie vert Malabar dans laquelle des lions jaunes fraternisent avec des antilopes). Il y a aussi des passages de la bible expliqués en image, avec des rois de Babylone qui ressemblent un peu à Georges Michael qui porterait une couronne en papier alu. On nous promet une éternité de bonheur en chemisette rose. Un peu comme celles du monsieur en short qui plie soigneusement son linge à côté de moi, sans prêter attention aux nombreux et variés poils de culs qui jonchent la table prévue par la direction à cet effet.
Paris s'est à nouveau rempli. J'ai passé l'été à préparer des commandes, à réfléchir autant que j'en étais capable à de nouveaux projets, et à installer un nouvel atelier quelque part dans le sous-sol du bassin parisien. J'ai creusé de mes ongles une caveau neuf, installé des nouvelles presses à vulcaniser, et fait appel aux forces infernales pour invoquer un terrible golem de viande qui s'occupera désormais des commandes et des relations client. Je conserve toutefois mon atelier de la rue du repos, j'ai fini par trouver du charme à ses miasmes, à ses infiltrations d'eau sale, à ses rongeurs qui détalent lorsque j'allume la lumière en rentrant chez moi tard le soir.
La librairie du théâtre du Rond-Point organise une exposition sur mon boulot. A cette occasion on y fera une signature et une lecture. C'est Milie Von Bariter, excellent comédien et membre du Collège de 'Pataphysique, qui se chargera de lire; je n'ai pas perdu le contact avec la réalité au point de me mettre à déclamer moi-même mes textes. La date n'est pas encore tout à fait fixée, ça sera autour du 20 septembre, j'y reviendrai en temps utile. Je serai en outre au festival BD-FIl de Lausanne, entre le 14 et le 17 septembre. 

Mon linge tourne encore. Le monsieur en short plie ses vêtements avec des petits gestes nerveux de crustacé. Il m'agace. J'ai envie de lui faire du mal. Je m'emmerde toujours.
Je reviendrai dans les jours prochains sur les projets de l'année qui vient. Il y aura deux expositions, et si tout va bien d'autres livres. Les gaufrettes déprimantes sont également en chantier, je n'ai pas eu le temps de m'en occuper jusqu'à maintenant. Je cherche des solutions pour les mettre en fabrication.

Bon, ça y est, mes affaires sont lavées.