samedi 10 novembre 2012

Junk-food





J'ai marché des kilomètres, jusqu'à me résoudre à rentrer dans ma piaule, à me mettre au lit, à regarder un dvd en bouffant de la junk-food, à minuit on ne trouve plus que ça dans mon quartier. J'avais les pieds endoloris, d'une taille de citrouille, gonflés et meurtris par la marche et mes grosses godasses trop lourdes. En tentant de me laver les pieds dans le lavabo de ma piaule, je me suis vautré, les côtes en avant sur le coin de la table, le coup m'a bloqué la respiration, et je suis tombé de toute ma taille sur le sol, emportant avec moi un tas de dvd, mon sac de bouffe de chez macdo, et le livre les records 1998, trouvé dans une poubelle de la rue du repos et que je lis parfois pour m'endormir.
J'ai rampé parmi les frites éparpillées jusqu'à mon matelas, je me suis déshabillé allongé et je n'ai plus bougé un cil jusqu'au matin.
En me levant j'ai constaté que le livre des records était ouvert à la page de l'homme le plus grand de tous les temps (Robert Wadlow, 2m72). Comme je mesurais 1m80 à douze ans, j'ai toujours eu une certaine curiosité pour ces géants, je regarde souvent la photo de Wadlow, ce qui explique que ce livre se soit ouvert sur cette page. Si j'avais continué ma croissance à ce rythme, je mesurerais 2m30, et je devrais me tordre d'autant plus pour arriver à me laver les pieds dans un minuscule lavabo. Je chausserais du 80, je porterais des pantalons de la taille d'une tente de randonnée et je serais encore plus grotesque sur un Vélib.
Je trime toute la semaine, et le samedi, et le dimanche. Je regarde avec terreur les jours et les nuits passer tellement vite qu'on jurerait ne vivre qu'une interminable aube grise, sans soleil ni lune.
Je prépare une exposition qui aura lieu dans le bunker du Dernier Cri, à Marseille, à partir du 13 janvier. Je fabrique les commandes de Noël qui commencent à arriver, je fais une affiche pour le prochain festival de Bastia, et j'échafaude dans mon trou à rat des projets de déménagement qui se pètent tous la gueule. Mais je ne désespère pas de quitter à tout jamais ce boyau putride qu'est la rue du Repos, et de laisser loin derrière moi les miasmes, la vermine et les pourritures liquides qui nichent dans ses recoins.
Je vais imprimer de nouvelles sérigraphies chez Pakito, au Dernier Cri, à la friche de la Belle de Mai. On fera un accrochage dans son nouvel atelier, j'annoncerai la date précise en décembre. J'en profiterai pour imprimer une affiche qui brille dans le noir, c'est une vieille lubie qui me trotte dans la tête depuis quelques années. J'en tapisserai mes murs, si je ne déménage pas, ça donnera un peu de lumière dans mon caveau.
Pour le reste, les nouveautés, les tampons, les ouvertures de caveau, c'est à venir, je mettrai ça en ligne la semaine prochaine.