mardi 17 février 2015

Faire-part vulgaire


Tampon vulgaire décoré de fleurs vulgaires et d'angelots vulgaires. Dessiné à la main.
Monture en hêtre.
22€, disponible ICI

Bon, en dehors de cette nouveauté dessinée la veille de la Saint Valentin, le Tampographe travaille dans son caveau, il mange sainement, il se lève de bonne heure, enfile ses rangers et va marcher dans le Père Lachaise. Il écoute sur son iPhone de vieux albums de la Souris Déglinguée, ce qui achève de le rendre sourdingue, et il s'endort chaque soir en essayant de dépasser la première page de "Mes Amis", d'Emmanuel Bove.
Des émissaires sont venus déposer de grandioses projets à ses pieds. Des rois mages de toutes les couleurs, de toutes les tailles, d'un peu tous les sexes, avec en commun le même amour brûlant pour le Tampographe, qui est, admettons-le, un assez beau bébé. On sonne à la porte de son atelier. A peine la porte entrouverte, des têtes s’engouffrent.
« Viens exposer à notre Fête des Jardins, on te loge, Tampographe, on a un canapé-lit, on fait un événement sur les légumes anciens et les plasticiens, tu seras payé en panais et en rutabagas »
« Notre médiathèque possède un hall d'entrée mal éclairé, des grilles d’exposition rouillées et des cimaises posées sous Giscard. Viens, Tampographe, viens, tu feras aussi un atelier avec des enfants"
« Propose-nous une affiche pour la Fête de la Poésie, Tampographe, fais des tampons avec la tête d'Arthur Rimbaud, c'est le seul poète dont on puisse montrer la tête, les autres ressemblent trop à des poubelles ambulantes"
"Je suis une petite merde qui étudie dans une école d'art, mes parents sont riches, je n'ai aucune crainte pour mon avenir. Prends-moi comme stagiaire, Tampographe, j'ai tellement de choses à t'apprendre".
Le Tampographe les regarde avec circonspection. Il vieillit, le temps passe vite. Il veut faire un nouveau livre. Au rythme où il avance il paraîtra en 2030. D'ici là on aura probablement tous été ensevelis par le volcan de connerie qui sort de terre devant nos yeux effarés, et dont les cîmes orgueilleuses nous flanquent déjà le vertige.
Le Tampographe éconduit poliment les émissaires. Il doit repeindre son atelier, faire réviser une de ses presses qui est tombée en panne, et préparer à reculons une exposition.
Il s’est adjoint les services un terrifiant golem de caoutchouc qui hante son atelier et grogne dans les ténèbres en découpant des tampons.
Mais même avec l'appui de cette créature d'effroi et de glaise, les journées sont trop courtes, la liste des choses à faire s'allonge, celle des années à vivre diminue.
Les émissaires repartent. On les voit remonter la rue du Repos, leurs yeux perdus, le dos ployé sous le poids de la déception.
Le Tampographe songe à déménager. Il commence à connaître trop de monde dans son coin d'arrondissement. Il est temps de se remettre à chercher un nouveau quartier dans lequel il ne connaitra personne et où personne ne le saluera. eau quartier dans lequel il ne connaitra personne et où personne ne le saluera.


Les portes du caveau ouvriront à nouveau au printemps. On annoncera ça au dernier moment et dans l'improvisation totale, ainsi que le veut l'article numéro 1 du code tampographique.