samedi 10 septembre 2016

Pneumocoques




Les vacances c’est vulgaire. Les glaces au bord de l’eau, la brise tiède sur la peau, les après-midi de lecture à l’ombre d’une chambre fraîche, les siestes crapuleuses: banalités, distractions infantiles, amusements bas de gamme pour individus aux sens grossiers. L’infection au pneumocoque a beaucoup plus de dignité. Pour nos vacances nous avons fait ça, nous avons fait une pneumopathie. Nous avons fait les urgences de l’hôpital Tenon, beaucoup plus chics qu’une promenade au Cap Ferret, les conversations y ont une autre tenue, nous avons fait la pharmacie de la Rue de Bagnolet, avec la tronche jaunâtre de son pharmacien, nous avons fait la salle d’attente du radiologue de la rue des Pyrénées, ses plantes vertes en plastique et son odeur de désinfectant industriel. Tout cela a quand même une autre gueule qu’un bête séjour à l’Île Maurice. Été inoubliable en vérité.

Je garde d’ailleurs, en cette rentrée, le souvenir vivace de cette infection. Je renifle encore, je peine à monter les étages, je tousse sur les clients. Certains d’entre eux repartent peut-être avec les germes que je leur transmet. Je les regarde sortir de ma galerie avec une sorte de fierté de père de famille nombreuse. Je tousse parfois dans les colis que je poste pour l’étranger. Mes nombreux enfants verront ainsi du pays.

Parmi les projets plus ou moins grandioses du tampographe, celui d’aller faire du pédalo en septembre n’est pas le moindre. Il est vrai que j’ai fait le voeu solennel - c’est une règle de vie qui en vaut bien d’autres- de monter sur ces ingénieux véhicules à chaque fois que la vie m’en offre la possibilité. Je quitte donc Paris pour les rives d’un lac connu pour présenter un choix extraordinaire de pédalos, cygnes, flamands roses, voitures de courses, avec ou sans toboggan. Mon coeur se gonfle d’allégresse à cette pensée.

D’autres projets étincelants sont en vue. En octobre une exposition à la galerie de Messine, à Paris, en décembre l’ouverture annuelle de la galerie tampographique, en 2017 un livre si je ne tombe pas en morceaux d’ici là. Et la cohorte des idées qui attendent d’être réalisées, et qui grondent à la porte de mon atelier.